L'approche visant à diffuser les émissions en même temps à la télévision et sur Internet s'est beaucoup développée ces derniers mois. Elle vise principalement à offrir aux annonceurs le plus grands nombres de spectateurs possibles. De leur côté, les spectateurs sont de plus en plus nombreux à utiliser des moyens non traditionnels pour regarder des émissions en vidéo, soit le Web, le iPod, mais aussi l'enregistreur numérique personnel (le fameux DVR) ou encore les téléphones mobiles. Bien entendu, l'avènement de sites Web tels que YouTube ou Google Video ont énormément contribué à développer ce mouvement vers les appareils "non traditionnels", en rendant extrêmement simple et accessible ce type de service.

Certains sites Web rappellent véritablement les services offerts par les cablo-opérateurs, en offrant carrément des "chaînes" Web (qui sont en fait un ensemble de séquences vidéo regroupées autour d'un même thème). Le site (devrais-je dire "la chaîne"?) heavy.com fait partie de ceux-là, et offre en partenariat avec Verizon, Sprint et Tivo des programmes destinés aux jeunes adultes en âge d'aller à l'université.

Bien entendu, la croissance des partenariats de ce type permet à Tivo (ou aux autres marques d'enregistreurs numériques personnels - célèbres et onéreux remplaçants du magnétoscope) de quitter l'enclos des magasins de télévision pour se rapprocher de tous les nouveaux canaux de diffusion de vidéos... C'est donc un puissant acteur supplémentaire pour pousser dans le sens d'un visionnement des émissions video sur d'autres médias que la télévision.

Comme on pouvait s'y attendre, tout ce beau mouvement, au départ soutenu par les vidéastes amateurs, est désormais utilisé par des productions plus professionnelles, mais qui n'auraient pas eu la chances d'être distribuées dans un monde sans Internet. Les récentes expérience telles que les Têtes à Claques ou encore LonelyGirl sont donc venues renforcer ce mouvement vers la vidéo sur Internet...

Avec un tel exode vers l'Internet, on pourrait être tenté de croire à la fin prochaine de la télévision. Voyons quels impacts réels ce mouvement a sur la consommation de télévision.

Lorsque CBS a mis à disposition plus de 300 séquences vidéo sur YouTube, ils ont obtenu environ 30 millions de visionnements dès le premier mois. Depuis, les parts de marché du réseau télévisé CBS a augmenté, notamment le célèbre show de Conan o'Brien, qui a gagné plus de 200.000 spectateurs après un seul mois sur YouTube. CBS a réussi un tour de force en acceptant de poster ses programmes sur YouTube: celui de rejoindre un grand nombre de spectateurs potentiels qu'ils n'auraient pas pu rejoindre autrement.

Bien sûr, outre l'utilisation de l'Internet pour promouvoir les émissions qui passent à la télévision, les réseaux de télé cherchent également à proposer aux internautes de télécharger leurs programmes en ligne contre argent sonnant et trébuchant. C'est là un domaine dans lequel ils ont pour l'instant rencontré beaucoup moins de succès...

Josh Bernoff, de Forrester Research, s'attend à ce que plusieurs entreprises (dont Apple) lancent au début de 2007 des appareils capables de se brancher à la télévision pour diffuser sur "grand écran" des programmes téléchargés sur Internet (via le routeur sans fil branché dans le bureau). "Maintenant qu'il y a tout ce contenu video sur Internet, tout le monde cherche à proposer des solutions pour visionner tout ce contenu sur la télévision". Les dizaines de millions d'écrans plasma vendus cette année demeurent malgré tout un incitatif de poids pour pousser les consommateurs à visionner les videos sur leur télévision.

Malgré tout, selon Bernoff, la très faible qualité obtenue lorsqu'on diffuse une vidéo de YouTube sur son bel écran Plasma Haute Définition tout neuf reste malgré tout très décevante, et il faudra que les internautes soient capables d'accéder à d'importants catalogues de contenus en haute définition pour que tout ce mouvement deviennent autre-chose qu'une simple curiosité technologique.

D'ores et déjà, des compagnies très spécialisées telles "National Geographic" ou "Discovery Channel" entamment des pourparlers avec des "chaînes Web" telles BrightCove afin de mettre sur pied des modèles d'affaires viables pour la vente et la distribution de leurs programmes sur Internet. Les affaires ne sont pas encore rentables, mais les revenus augmentent.

Il ne s'agit pas de trouver d'autres façons de regarder South Park, il s'agit tout simplement de regarder un tas de trucs que l'on n'aurait jamais pu regarder auparavant...