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La démarche de construction d’un site Web a beaucoup de similitudes avec la construction d’un immeuble : les « architectes » chargés de la conception passent de longues heures à étudier les besoins et les contraintes, puis à choisir les éléments conceptuels les mieux adaptés pour répondre au mieux aux objectifs. Dans les cas des immeubles publics, les architectes sont obligés, depuis de nombreuses années, d’inclure dans leurs « contraintes » ou hypothèses de travail le fait que la construction doit permettre à des personnes à mobilité réduite d’accéder à toutes les parties fonctionnelles de l’immeuble. Dans le cas du Web, il n’y a pas, bien sûr, d’organisme régulateur chargé de donner son accord sur les plans de conception d’un nouveau site, après vérification qu’il répond bien à certaines normes. Bien que cela soit salutaire pour le développement tous azimuts de ce merveilleux projet qu’est le Web, ce « manque » dans le processus fait que la plupart des sites Web de la planète ne sont finalement pas totalement accessibles par des personnes à visibilité réduite.

Afin de mieux comprendre le type de problème auxquels font face les non voyants et les malvoyants lorsqu'ils accèdent à l'Internet, il est important de comprendre de quelle manière ils y accèdent.

Les daltoniens, bien entendu, accèdent au Web exactement de la même manière que les autres gens. Cependant, ils voient pas exactement les mêmes choses que les autres gens. Le logo de Google vous est certainement familier... Vous ne l'aviez peut être jamais imaginé comme ci-dessous:

logo google vu par un daltonien

Vous imaginez à présent comme certains sites Web qui utilisent des codes de couleur pour leur navigation sans tenir compte des différentes sortes de Daltonisme peuvent rapidement devenir totalement incompréhensibles pour près de 10% de leurs visiteurs mâles (très peu de femmes sont atteintes par le Daltonisme... Elle.com, vous pouvez retourner lire un autre article ;-) ).

Dans le cas des personnes ayant des problèmes de vue "classiques", il est certain que des caractères plus gros, et des contrastes plus forts permettront certainement une lecture plus aisée des contenus du site Web. De très nombreux sites, comme notamment l'excellent lemonde.fr, permettent tout simplement au visiteur de modifier lui-même la taille des caractères sur le site. Cette technique toute simple permettra à un plus grand nombre de visiteurs ayant des imperfections de la vue de lire les contenus de votre site Web.

Le cas des aveugles et handicapés visuels graves est très différent de celui des daltoniens et des porteurs de verres de correciton, dans la mesure où ils n'utilisent pas les mêmes outils pour accéder à l'Internet. Le site section508.gov (site gouvernemental américain sur la loi obligeant les organismes publics à fournir l'information accessible à tous, incluant les handicapés) fournit à cet égard un ensemble de photos et description des outils utilisés par les aveugles pour accéder à l'Internet. Dans la plupart des cas, les aveugles naviguent sur Internet via des interfaces sonores, qui "lisent" à haute voix les pages Web (une des plus répandues en Amérique du Nord est le logiciel JAWS).

Bien entendu, les logiciels tels que JAWS lisent ce qu'ils trouvent dans les pages Web, dans l'ordre où ils le trouvent. L'exemple suivant permet de comprendre à quel point une page qui peut sembler très claire peut paraître affreusement "illisible" pour un aveugle:

Le site de la ville d'Oakville, en Ontario (Canada), présente de manière très simple les différents attraits de la ville, et donne des détails sur certains des services municipaux. En haut à gauche de la page, se trouve un lien "text only" (format texte seulement), afin de permettre aux personnes utilisant des logiciels comme JAWS d'accéder à une version adaptée du site. Comme vous pouvez le voir dans la version adaptée aux non voyants, on présente tout d'abord le menu principal du site, suivi du calendrier des événements, puis des liens vers les services de la ville, tout cela dans un ordre parfaitement logique et clair. Sans cette version très adaptée du site, il serait impossible pour JAWS de lire de manière intelligible l'ensemble des menus déroulants sous forme de "javascripts", ou encore l'ensemble des liens de la colonne de droite (sur l'accueil), qui sont tous constitués d'images cliquables qui n'ont pas de description (tag "ALT", pour les intimes).

Le W3C (comprenez « www consortium »), organisme communautaire chargé de déterminer les standards de l’Internet, a mis sur pied un groupe de travail afin de déterminer les règles à suivre afin de permettre aux non voyants ou aux malvoyants d’accéder aux sites Web. Cette initiative s’appelle tout naturellement W3C WAI (Web Accessibility Initiative), et fournit toutes les recommandations, spécifications et meilleures pratiques permettant de vous assurer que votre site sera accessible par tous (ce sont les ("WAIG", ou Web Accessibility Initiative Guidelines). Et comme l'accessibilité est véritablement au coeur des préoccupations du W3C, ils ont même fait ce qu'il fallait pour que leur site soit accessible.... aux francophones! Vous trouverez donc sur leur sites tous les conseils pour développer des sites Web accessibles aux aveugles et aux personnes atteintes de troubles de la vision, ainsi qu'une rapide Check list des principaux éléments d'accessibilité à prendre en compte lorsque vous créez du contenu.

Bien entendu, il n'est pas nécessaire d'attendre de refaire entièrement votre site Web pour commencer à prendre en compte les besoins des handicapés visuels. Plusieurs solutions existent pour améliorer votre accessibilité de manière moins exigeante et plus légère. L'une des plus intelligentes est à mon avis celle offerte par la compagnie Usablenet (justement le fournisseur utilisé par l'équipe Web de la vile d'Oakville). En quelques mots, cette solution permet de traduire de manière automatique les pages de votre site existant (même s'il ne respecte pas les WAIG) en une version texte accessible par les solutions pour les non voyants. Cette action est permise grâce à un travail d'analyse préalable de la part des équipes de Usablenet, qui analysent (sans même votre intervention) les principes de navigation et de présentation du contenu utilisés sur votre site (menus, javascripts, et autres gadgets techniques de navigation ou de présentation de l'information), et adaptent leur outil de traduction automatique Web->text en fonction de ces spécificités. Ainsi, aucun travail n'est nécessaire sur votre site, ni avant, ni après l'implantation de la solution de usablenet, et les nouvelles pages que vous créez sont quasiment toutes accessibles, puisqu'elles contiennent en général les mêmes menus, la même navigation, les mêmes modèles de tableaux ou de contenus.

Il ne vous reste donc plus aucune excuse (à part que usablenet ne fournit pas de version gratuite pour les sites personnels) pour ne pas offrir à votre clientèle un site parfaitement accessible pour tous, y compris tous ceux qui n'ont pas la même vision du monde. Stevie Wonder, Raul Midon et tous les autres, vous êtes les bienvenus sur mon site!

*LAFLAMME, M. La cécité à travers le monde. Communication à la Rencontre des pays francophones membres de l'Union Mondiale des Aveugles. Montréal 1997, cité in : Valentin Haüy 1998, 49, 6