La "Net Neutrality", et comment elle risque de changer la face du monde...
Par Patrick Valentin, dans NetÉconomie -# 33 - Fil RSS
Si vous vous intéressez un tant soit peu à l'avenir de l'Internet, de la télévision et des télécommunications, ou si vous voulez tout simplement avoir quelque chose à dire la prochaine fois que l'on vous parlera de "convergence" des médias, vous avez tout intérêt à lire l'article de ce soir à propos de la fameuse "Net Neutrality". Que les plus ardents défenseurs de la langue française me pardonnent, mais je n'ai pas pu trouver de traduction acceptable et reconnue pour ce vocable typiquement américain.
Tout d'abord, commençons par une définition de la "Net Neutrality":
la "Net Neutrality" désigne le principe selon lequel les réseaux de données ne privilégient ni ne pénalisent certains contenus par rapport à certains autres. Selon le principe de la "Net Neutrality", ce sont les utilisateurs du réseau qui décident quels contenus et quelles applications circulent sur Internet. Bien entendu, ce principe s'oppose à celui selon lequel les propriétaires des réseaux de données décident à quelles applications ou à quels fournisseurs de contenus elles donnent la priorité, et à quels autres fournisseurs ils réservent une qualité de service moindre. Bien sûr, entre le contrôle des priorités sur le réseau et la tentation de faire payer les gros "consommateurs" de bande passante (comme Google, MSN, MySpace, etc.), il n'y a qu'un pas, que les opérateurs de réseaux pourraient bien être tentés de franchir.
En tant que simples utilisateurs de l'Internet, je vous soupçonne déjà de penser qu'après tout, le fait que Google doive verser une partie de ses formidables profits aux opérateurs de réseau qui transportent ses contenus est très loin d'être votre problème, et qu'après tout, ce serait peut être un juste retour des choses. En fait, vous ne le savez pas, mais la "Net Neutrality" risque d'avoir beaucoup plus d'impact que vous le croyez sur votre vie quotidienne...
Quels sont les enjeux de la "Net Neutrality"?
Depuis sa création, l'Internet a toujours respecté le principe de la "Net Neutrality". Les internautes payaient leur part de l'accès au réseau (les frais d'abonnement Internet étant en fait une fraction des frais que le fournisseur d'accès payait à son fournisseur d'accès, et ainsi de suite), et les fournisseurs de services et de contenus payaient pour la création et l'hébergement du contenu. Plus les clients utilisaient l'Internet, et plus ils devaient payer cher pour leur connexion. Plus les fournisseurs de services avaient de succès, et plus ils devaient payer cher pour leur infrastructure d'hébergement. Ces principes -ainsi que le souligne Vinton Cerf, coinventeur de l'Internet- ont fait le succès de l'Internet.
A l'inverse, depuis l'invention de la télévision, les radio-diffuseurs, les câblo-distributeurs puis les opérateurs de télévision par satellite ont toujours été en charge de déterminer quelles chaînes étaient diffusées, en fonction de leur rentabilité potentielle. Dans ce modèle, les diffuseurs choisissent les programmes qui ont le meilleur potentiel de vente, les fournisseurs de contenus sont donc poussés à produire des émissions qui plairont suffisamment pour être rentables. Les clients de la télévision, enfin, payent leur quote-part de la programmation par leurs frais d'abonnement mensuel.
Si vous avez suivi les actualités ces deux dernières semaines, vous avez assisté, éberlué, au rachat de YouTube par Google, pour un peu plus d'un milliard et demi de dollars. Et si vous avez lu le début de cet article, vous comprenez désormais à quel point ce geste marque le véritable début de la convergence entre deux mondes dont les règles fondamentales s'opposent, et que l'enjeu de la "Net Neutrality" est celui de l'avenir des médias et des communications numériques.
Personnellement, tenter de contrôler les contenus que les Internautes vont voir me rappelle des vieux souvenirs de flops monumentaux tels le tristement célèbre Microsoft Network (réseau de contenu privé et payant lancé par microsoft en 1996-1997, et rapidement abandonné... par les utilisateurs!), ou l'agonisant AOL, qui n'existe aujourd'hui que grâce aux finances de Time Warner. Mes pronostics iraient donc plutôt en faveur d'une victoire écrasante de la "Net Neutrality" . Malgré tout, les diffuseurs ne laisseront pas des compagnies comme Google et YouTube diffuser dans le monde entier toutes les émissions que les studios voudront bien leur confier, en utilisant gratuitement leurs réseaux Internet à haut débit. Dans ces conditions, il semble parfaitement logique que les propriétaires de réseaux veuillent protéger leurs revenus en offrant une résistance farouche contre la disparition de leur modèle d'affaires.Cette résistance passera peut-être par la lutte contre la "Net Neutrality"...
Aux États-Unis, le débat est actuellement dans mains des Sénateurs... Cette première manche est à suivre de très près, car son issue aura certainement un impact important sur l'avenir du Net...
NB: les propos et opinions contenus dans cet article, ainsi que dans tous les autres article de ce site, représentent mon opinion personnelle, et en aucun cas celles de mon employeur.






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